13 Reasons Why, mon interprétation


Comme la France entière (ou presque) j'ai été happée par le phénomène 13 Reasons Why. Il s'agit d'une série de treize épisodes d'une heure créée par Brian Yorkey d'après un roman de Jay Asher. Elle raconte l'histoire d'Hannah Baker, une lycéenne qui s'est suicidée et qui explique le pourquoi du comment sur des cassettes audio. Après sa mort, quelqu'un est chargé de faire circuler les cassettes parmi les personnes qui ont de près ou de loin participé aux envies suicidaires d'Hannah. On découvre tout cela à travers les yeux de Clay Jensen qui est le héros torturé de la série.


13 Reasons Why / I love it !


Tu comprends déjà le déroulement : on écoute les cassettes en même temps que Clay (le mec sur la première photo qui illustre mon article) et on suit, sans surprise, la route d'une ado harcelée. Dit comme ça, ça peut paraître réchauffé mais à vrai dire, j'ai rarement vu une série aussi fraîche, aussi réaliste et autant ancrée dans l'actu. 13 reasons why est une série crue et vraie. Pas de grande pompe, pas de scénario improbable, juste la réalité nue dans toute sa violence. La lumière est froide ; les scènes sont toutes peu bleutées, la couleur dominante est clairement le bleu. La bande son est discrète mais suffisamment lourde et bien pensée pour plomber l'ambiance de plus bel. Les acteurs sont parfaits. D'ailleurs, je crois que c'est la première fois que je regarde une série américaine où les lycéens sont vraiment joués par des moins de vingt ans. Les parents sont présents dans toute leur diversité : de ceux qui s'en battent les noisettes aux parents reloues. Tout est fait pour servir la vraie vie

Cette série mérite son succès. Elle est lente, elle manque d'action à mon goût mais il faut rendre à César ce qui lui appartient : je l'ai regardée en un week-end et la majorité des gens a été hypnotisée de la même manière. 


Quand on sort de l'adolescence, on oublie. On oublie qu'à quinze, seize ou dix-sept ans, tout est plus fort. On oublie que tout semblait définitive, la violence des peines de coeur, l'importance de son image, l'importance de l'avis des autres. On a le sentiment ambigu d'être bloqué dans un espace temps où les heures ne défilent plus. Rappelle-toi... On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans disait Arthur Rimbaud, et c'est vrai. On ne l'est pas. Et on l'est trop à la fois. 

Attention, si tu n'as pas vu la série, maintenant, je peux spoiler, je t'aurais prévenu. #SPOILERS



Pour être honnête, Hannah me gave. Elle m'a gavée tout le week-end à chouiner sur son sort et à ne pas vouloir sortir la tête de l'eau. Quand j'ai découvert les cassettes (les premières tout du moins), j'ai pensé "ouais c'est pas cool, mais faut se détendre du string, y'a pas mort d'homme non plus !". Hannah traîne une réputation bif baf bof parce qu'une photo de sa petite culotte s'est retrouvée en ligne. Photo accompagnée d'une rumeur, bien sûr. À partir de là, les choses vont dégénérer. Les gens aiment les têtes de turc. C'est le cas en famille, en entreprise aussi mais au lycée, c'est peut-être pire au lycée d'ailleurs. Pire parce que la victime n'est pas adulte, donc pas armée. Pendant plus de la moitié de la saison, Hannah s'en prend plein la poire et elle est tellement obnubilée par ses détracteurs qu'elle ne voit plus les gens qui l'aiment. People who cares. Elle ne voit pas qu'elle est jolie et que des garçons "biens" s'intéressent à elle. Elle ne voit pas que même s'ils sont maladroits, les adultes autour d'elle ne veulent que son bien.


Je n'ai pas compris Hannah. Ou plutôt, je la comprenais mais son côté "je suis la victime" me faisait péter un plomb. Il a fallu arriver à la scène de son suicide (magiquement réalisée, d'ailleurs) pour que je ressente enfin la détresse de ce petit bout de fille. Je ne crois pas qu'Hannah aurait pu être sauvée. Je ne crois pas que les mecs (et nanas) qui figurent sur les cassettes soient réellement responsables de son geste. Elle seule s'est ouvert les veines et finalement, et au bout du compte, je suis malheureuse pour tous les gens qu'elle a entraîné dans sa chute. Clay ne méritait pas cet acharnement. Il est coupable de quoi ? De ne pas lire en elle comme dans un livre ouvert ? De ne pas entendre "stay please" quand elle lui hurle "go out" ? 

De quoi est coupable Jessica ? D'avoir eu envie de changer d'amis ? De ne plus l'aimer comme avant ? Ce système de victimisation me rend folle. Et je pense que quelque part, c'est aussi l'objet de la série. On n'est jamais mieux servi que pas soi-même et on est la seule et unique personne à pouvoir nous offrir le bonheur. Pour une fois, le suicide n'est pas une jolie fin. Hey oui, mec, le suicide n'est pas romantique ! J'aime bien l'idée qu'Hannah ne soit pas une simple victime mais quelque part une dépressive assoiffée de vengeance. J'aime qu'on devine les pensées de ses parents, leur détresse infinie. J'aime qu'on découvre comme elle a détruit le peu de chose auquel elle tenait en décidant de se tuer. 

Le suicide, ce n'est pas l'histoire de celui qui part mais de ceux qui restent. Je n'ai pas regardé une série terrifiante avec 13 Reasons Why et pour être honnête, les scènes de viol ne m'ont pas choquée, j'ai vu Irréversible ^^. Je n'ai pas sursauté et je n'ai pas vraiment dû détourner les yeux de l'écran (quoique la scène du suicide était particulièrement réaliste) mais j'ai vu de l'horreur quand même. L'horreur du quotidien : le harcèlement, la violence verbale, la violence sexuelle, l'asservissement... 

Bref, série bien déprimante mais clairement à voir si tu cherches toi aussi des morceaux du septième art qui te retournent le bide ! Je te quitte sur une dernière chose, pour moi il n'y a qu'un vrai coupable dans cette histoire : Bryce. Et la Terre de 13 Reasons Why tournerait bien mieux s'il avait été dénoncé dès le départ... Avec le succès de cette première saison, on aura sans doute droit à un second round mais si personne ne tourne le dos à cette enflure de Bryce, désolée mais je jetterai l'éponge ! Oui, la grande énigme de cette série c'est lui, pour moi. Comment fait-il pour si bien s'en sortir ? 

Si tu as vu 13 Reasons Why, qu'en as-tu pensé ? 



Commentaires

  1. "13 reasons why" m'a énervée au plus haut point. J'ai été victime de harcèlement scolaire au collège et je ne me suis jamais retrouvée dans les situations racontées dans la série. Elle est trop américanisée, à la limite du glamour et ça ne colle pas à la réalité. Next !

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    1. Merci pour ton avis ! Je n'ai pas été victime de harcèlement à l'école, donc clairement je ne suis pas le public visé mais j'ai retrouvé le goût du mal être à travers cette série. J'avais oublié comme tout est "grave" et "important" quand on est ado et comme on peut faire un flan de rien du tout. J'avais aussi oublié ces situations de harcèlement où un groupe s'en prenait à un individu de manière irrationnelle.

      Trop glamour ? Je ne suis pas vraiment d'accord, j'ai trouvé qu'un véritable effort avait été fait pour qu'au contraire, les faits paraissent bruts. Par contre, c'est clairement très américain, ça je te l'accorde ! On imagine bien qu'en France les relations entre les gens sont différentes. Ce n'est pas un bémol pour moi mais je comprends tout à fait ce qui t'empêche d'accrocher !

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